Des origines scabreuses

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Cet article ne vous dira pas comment avance le montage du film, il n’annonce pas un financement miraculeux, ne vous apprendra pas non plus à distribuer les cartes lors d’un poker et ne planifie pas les futures scènes à jouer. Cet article n’a donc aucune application concrète et, dans ce sens, est globalement inutile. Mais il est parfois utile d’utiliser l’inutile pour parvenir à du sens. Cet article a pour objet de circonscrire le titre du film et de notre projet, d’apporter des éclaircissements, émettre des doutes…

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Néanmoins, il est permis de se poser des questions…The Gunter project. C’est sûr, ça claque comme nom. Et si on s’amuse à le décomposer rapidement, la première chose qui nous arrête est le nom allemand « Gunter », quelques stéréotypes peuvent alors surgir dans votre esprit (tortueux), et les vagues traits d’un grand blond aux yeux bleus et au visage carré peuvent se former dans votre esprit. Puis « project » ! Un mot anglais plutôt hype qui laisse entendre une entreprise menée par plusieurs personnes – et dans le cadre d’un film d’espionnage, des machinations terribles et rocambolesques entre de sombres individus. Bien sûr, bon petit Français, je ne peux m’empêcher de regretter ne pas voir un titre français, craindre la déperdition de la langue de Molière, etc… Mais lorsqu’on observe le paysage cinématographique français un instant, on comprend vite que l’anglais est une évidence pour les films d’espionnage. Mon attention revient alors sur « The », ce petit mot innocent souligne pourtant le caractère unique de la machination concernant l’Allemand blond aux yeux bleus et au visage carré. Or lorsque l’on regarde les bandes d’annonce du film, il y a bien un grand blond aux yeux bleus…mais non seulement il n’est pas allemand, mais en plus il n’est en rien concerné par le « project » ! D’où l’interrogation légitime : d’où vient le titre de ce film, pourquoi cette opération, centrale au film, a-t-elle été dénommée ainsi ?

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Tout d’abord pourquoi donner un nom à une opération ?

Il en est des noms d’opération militaire comme des mouchoirs en papier. Ces petits carrés de cellulose blanc, ou vert si l’on a une affinité particulière avec la menthe, n’ont qu’une finalité d’ordre pratique : se moucher. Inutile de rappeler que cette action permet d’expulser les impuretés d’un organisme. Mais cette action banale est pourtant l’occasion de distinguer l’homme des autres animaux puisqu’il est la seule espèce à se donner la peine de voiler ses immondices dans un mouchoir et ce voile à la pureté candide porte un autre nom qui est celui de civilisation.

Ainsi, lorsque des agents de l’EIA menacent les financements de leur société, ils deviennent des impuretés. Or, les cadres allemands de l’EIA sont des êtres civilisés. Aussi lorsqu’il s’agit de nettoyer des immondices, ils usent de mouchoirs. Et quand plusieurs des agents portent atteinte à leur financement, ils utilisent plein de mouchoirs…Un voile pour cacher l’horreur de leur décision, un autre voile pour se cacher la face et enfin un dernier pour cacher les corps : un nom d’opération, un mensonge, un linceul.

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Cet article n’ayant pas pour objectif de dresser l’analyse psychologique des cadres allemands, il me paraît néanmoins intéressant d’imaginer le cadre dans lequel ils prennent ces mesures d’hygiène. Il faut s’imaginer le cadre lumineux et parfaitement soigné de la salle de réunion n’ayant pour ombres que les mines graves des membres du conseil. Toutes ces personnes sont d’anciens agents, ils ont connu la crasse, la saleté, la sueur; ils ont connu le terrain, certes, mais ne peuvent se permettre de risquer leurs intérêts pour deux agents. Des sommes trop importantes sont en jeu et ces fouineurs ne doivent pas gripper l’organisme si lentement développé. Aussi, depuis leurs sièges stérilisés, dans leur resplendissante salle de réunion, ils décident de nettoyer, d’expulser les impuretés et doivent sortir un mouchoir. Fortuitement ces êtres civilisés sont aussi cultivés et lisent. L’un d’eux, féru de littérature, idolâtre Gunter Grass. Ce dernier a l’esprit contestataire, génère des personnages fallacieux, tordus, parfaits pour illustrer cette situation embarrassante. Ainsi naît The Gunter Project, un voile de civilisation sur des opérations barbares.

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L.L.

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